La difficulté de faire de l’info locale

Comme je vous le disais hier, je faisais partie il y a quelque semaines d’un jury de mémoire dont le sujet était le web citoyen et le développement de la citoyenneté. Il y avait dans les idées avancées un passage qui m’a fait penser que l’étudiant considérer plus facile de faire de l’info citoyenne locale car l’accès aux sources est plus simple qu’en national ou international.

Voilà pour moi, une idée assez fausse et je lui ai expliqué pourquoi à mon avis il est bien plus compliqué de faire de l’info locale. Voici les raisons qui me poussent à l’affirmer :

- si la PQR a de très nombreux correspondants c’est parce que l’info locale demande une grande proximité mais surtout parce que l’info est à construire. Comme je lui ai expliqué, si je décidais de faire un blog citoyen sur de l’info nationale, je pourrais pondre plusieurs dizaines d’articles à la journée sans bouger de chez moi. Certes je n’aurai pas accès aux personnes qui sont au centre de l’actu, mais l’info est couverte par tellement de journaux et d’agences de presse qu’il est aisé de faire des billets avec une certaine analyse, de reconstituer et de mettre en concordance des infos. Pour de l’info locale c’est presque impossible. Si vous n’allez pas sur place vous n’avez rien ! Ou alors vous vous limitez à ne traiter que quelques grands sujets de temps en temps, quand ils sont suffisamment médiatiques pour intéresser de nombreux médias. Il faut donc aller sur place, faire des images, du son ou de la vidéo, faire son reportage… ça prend du temps. Il faut aussi pouvoir taper aux bonnes portes.

- le retour des lecteurs peut être terrible. Plus vous parlez de sujets proches des gens plus vous risquez de pas être aussi précis qu’eux. Soyez approximatif dans le récit d’une soirée dans un village, et ceux qui vous lisent et ont aussi assisté à la soirée vous le feront remarquer. Combien de fois ai-je constaté que le résumé d’un match de mon équipe locale sur une chaine nationale était truffé d’erreurs. Le téléspectateur d’une autre région ne s’en rend pas compte, celui de ma ville oui. Quand vous faîtes du local, vous vous adressez à des lecteurs qui ont soit assisté directement à l’événement, soit à des lecteurs qui connaissent quelqu’un qui a assisté ou pire connait une personne impliquée. Cependant ce défaut peut être palié grâce aux commentaires qui vous permettent d’affiner et compléter vos articles.

- plus le spectre d’infos disponibles est large plus vous avez à faire un choix éditorial entre les infos et donc pouvez en passer certaines sous silence soit par volonté soit parce que vous n’avez pas le temps de le faire. Dans le monde de l’info locale en faisant ainsi vous risquez les remarques du genre « pourquoi n’avez-vous pas parlé de tel truc ? ». Il sera plus compliqué de s’en sortir dans le domaine de l’info locale car il y a par définition moins d’événements.

- le coût important et l’audience limitée. J’ai coutume de dire qu’en rapport à l’audience, le coût de l’info locale est important. Il faut pas moins de temps pour faire le reportage et vous avez beaucoup moins de visiteurs et donc moins de trafic monétisable et donc moins de moyens. Mon blog perso a par exemple presque autant de visiteurs que mon site local sur Clermont-Ferrand alors qu’il me demande bien moins de travail.

Et vous ? Vous avez des idées complémentaires sur ce sujet ?

About Bertrand Soulier

J'ai créé le site d'informations locales Cyberbougnat.net en 2000-2001. Depuis, je ne cesser d'observer le web local, de recherche les bonnes idées, les modèles économiques... J'ai décidé de partager cette veille au sein de ce blog weblocal.fr mais pas seulement. L'union faisant la force, j'ai aussi souhaité faire évoluer le blog vers un réseau social destiné aux acteurs du web local.

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3 Responses to La difficulté de faire de l’info locale

  1. Pascal-f 20/12/2007 at 10:55 #

    Je partage entièrement votre avis et j’ajouterai même un élément. Faire du participatif (ou collaboratif) est beaucoup plus difficile en local, car la proximité des auteurs avec le public est telle que ceux-ci ne veulent pas prendre de risque.
    En outre on demande beaucoup plus (gratuitement) à un rédacteur local qu’à un journaliste d’une rédaction nationale.
    Mais pour un éditeur local, le plaisir de partager certains évènements locaux est aussi une contrepartie non négligeable.

  2. Rémi H. 29/01/2008 at 01:34 #

    Faire du participatif en local est certes difficile du fait de la proximité des auteurs avec le public, mais ne relève pas, à mon avis, de l’impossible. Pour preuve, la presse locale est tout à fait en mesure de le faire. Dans ma ville, un canard papier non-professionnel a même le courage de se faire beaucoup d’ennemis en dénonçant tout ce qui ne va pas dans la cité! Et je peux vous dire qu’il marche plutôt bien…

    Enfin, pour ce qui est des rédacteurs locaux et de la gratuité des prestations qu’ils nous offrent, je pense que l’obstacle n’est pas tellement la rémunération, mais plutôt le manque de prestige de nos petits sites collaboratifs locaux. En effet, la presse locale ne rémunère pas tous ses correspondants locaux, et beaucoup acceptent de le faire pour le simple plaisir de voir leurs écrits couchés sur papier.

    Personnellement, j’ai espoir pour que cela change rapidement, Internet devenant de plus en plus un média incontournable… Mais, peut-être suis-je encore optimiste car l’aventure ne fait que commencer pour mon petit site…

  3. fred 11/02/2008 at 17:44 #

    Point de vue pertinent.

    Nous avons mis en place plusieurs sites d’info locale, en collaboratif, avec des hauts et des bas (le pire étant encore l’orthographe à mes yeux).

    Nous continuons à explorer pour définir un axe de fonctionnement permettant à chacun de tirer des profits convenables de cette expérience, sans pour autant ne parler qu’en rémunération.

    Nous rencontrons tous plus ou moins les mêmes obstacles et sources d’optimisme.

    Bon courage à tous

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